- FRANCO (F.)
- FRANCO (F.)FRANCO FRANCISCO (1892-1975)Faute de place à l’Académie navale, le Galicien Francisco Franco y Bahamonde Salgado Pardo entra, à quinze ans, à l’Académie d’infanterie de Tolède. De 1912 à 1926, il servit presque sans interruption au Maroc, où il commanda notamment la Légion étrangère espagnole. Par ses talents militaires et sa bravoure, il contribua à la pacification du Rif en 1925 et devint, à trente-trois ans, le plus jeune général d’Europe. En 1923, il épousa, à Oviedo, María del Carmen Polo y Martínez Valdés. Sous la République, il commanda l’Académie générale de Saragosse, fut capitaine général des Baléares et, en octobre 1934, réprima la révolte des gauches unies dans les Asturies. Après avoir été chef de l’état-major suprême (mai 1935), il fut envoyé aux Canaries comme capitaine général, à la suite de la victoire du Front populaire aux élections de février 1936. Sans appartenance politique, calculateur, prudent et subtil, il ne se décida qu’à la fin de juin 1936 à adhérer au soulèvement nationaliste imminent. Le 19 juillet, il prit le commandement de l’armée d’Afrique, à Tétouan, et demanda aussitôt à l’Axe des avions qui transportèrent ses troupes en métropole. Une junte de généraux le nomma généralissime, à Burgos, le 12 septembre, puis chef du gouvernement (1er oct.). Le 30 janvier 1938, il forma son premier gouvernement et, le 9 mars suivant, promulgua la charte du travail, première en date des lois fondamentales actuelles de l’Espagne. Après son échec de novembre 1936 devant Madrid, il vainquit les armées républicaines, bénéficiant du concours militaire de l’Allemagne et de l’Italie, et entra dans Madrid le 1er avril 1939. En juin 1940, il occupa Tanger. Malgré les pressions réitérées de Hitler (entrevue d’Hendaye, 23 oct. 1940), il refusa d’engager l’Espagne, dévastée par la guerre civile, dans une guerre aux côtés de l’Axe, donnant des satisfactions de principe à l’Allemagne (adhésion au pacte anti-Komintern, envoi sur le front russe d’une division de volontaires dite División azul), mais ne cessant d’entretenir des relations avec les Alliés. En 1945, ceux-ci lui reprochèrent cependant ses compromissions avec l’Axe et rappelèrent leurs ambassadeurs de Madrid. Son habileté, servie par la guerre froide entre les États-Unis et l’U.R.S.S., rétablit la situation après une période d’isolement pénible pour l’Espagne: accords économiques et militaires avec les États-Unis (1953), concordat (1953), admission à l’Organisation des nations unies (1955).«Caudillo» (chef) concentrant dans ses mains tous les pouvoirs et responsable seulement «devant Dieu et devant l’histoire» (régime du caudillaje , parfois confondu avec le fascisme), il a — usant notamment d’un prestige personnel peu discuté dans l’ensemble de la population — pratiqué un jeu de balance entre les forces politiques du franquisme (monarchistes juanistes et carlistes, phalangistes, catholiques, conservateurs), contenu les poussées de l’opposition par une politique autoritaire de maintien de l’ordre, «déphalangisé» le régime, et appelé les technocrates de l’Opus Dei à planifier le développement économique du pays. Le prix de la paix intérieure et du relèvement du niveau de vie a été l’absence de certaines libertés individuelles et de participation politique. Il a donné à l’Espagne une constitution composée d’une série de lois fondamentales, consacrant un régime de «démocratie organique» — par opposition à la démocratie libérale — et l’existence du Mouvement national, seule formation politique autorisée. Le 22 juillet 1969, il a fait voter une loi désignant comme son successeur présomptif le prince Juan Carlos de Bourbon. Pendant l’été de 1974, il s’est démis provisoirement, pour des raisons de santé, de ses fonctions de président du gouvernement, en faveur de don Juan. Mais il a repris la direction des affaires publiques en septembre de la même année, pour mourir le 20 novembre après un mois d’une agonie scientifiquement prolongée. Son «règne» aura duré près de quarante ans.
Encyclopédie Universelle. 2012.